Avec mon collègue Hervé Maurey, nous avons présenté devant la Commission des Finances notre rapport sur le bilan incertain de la concurrence ferroviaire sur les finances publiques. Notre message tient en une conviction claire : la France s’est lancée dans l’ouverture à la concurrence avec une naïveté coupable, en comptant sur les seules vertus du marché tout en ignorant des angles morts majeurs identifiés de longue date.
Si la mise en concurrence des TER produit de vrais gains d’efficience avec des coûts de production en baisse de 20 à 30 % permettant aux régions d’augmenter fortement l’offre de trains à budget constant, elle provoque aussi un risque alarmant de « balkanisation » du rail français : éclatement des plateformes de billetterie, perte d’économies d’échelle sur le matériel roulant, complexité accrue pour les voyageurs en correspondance.
Surtout, sur le TGV, l’ouverture à la concurrence menace directement l’aménagement du territoire et le financement du réseau. En se concentrant sur les axes les plus lucratifs, les nouveaux entrants percutent de plein fouet le modèle de péréquation qui permettait à la SNCF de financer les lignes TGV moins rentables. Nous refusons que ces dessertes meurent à petit feu ou que la facture soit transférée au contribuable ! La concurrence doit rester un moyen pour améliorer le service et réduire les prix, pas une fin en soi.