Budget de la Ville de Paris : les comptes ne sont pas bons

Madame la Maire, 

Mes chers collègues,

Toutes celles et ceux qui s’intéressent un tant soit peu aux finances parisiennes et qui comparent chaque année le budget primitif – les intentions – et le réalisé – le compte administratif, le savent : les principaux chiffres de ce budget primitif sont faux.

A Paris et c’est devenu une habitude, en budget primitif, les recettes sont surestimées, les dépenses sous estimées. Durant l’année, au gré de discrets budgets supplémentaires, on réduit un peu les chiffres surestimés, on augmente un peu les chiffres sous-estimés et, en plein cœur de l’été, un an plus tard, lors du compte administratif, la réalité des chiffres s’impose, très éloignée des prévisions du budget primitif. Très éloignée  et, malheureusement, dans le mauvais sens. 

Pour ce budget primitif, plusieurs d’entre nous l’ont dit ou le diront, il suffit de regarder les prévisions de recettes de droits de mutation – 1   milliard 500 millions -, de les comparer avec la réalisation 2023 –  1 milliard 330 millions – et à ce qui a été effectivement perçu, en 2024, à la fin du mois de novembre  – 1 milliard – c’est-à-dire 200 millions de moins que l’an dernier à la même date, pour prendre la mesure de l’épaisseur des couches de maquillage des données budgétaires officielles de la Ville de Paris.

Si ce budget est faux, me direz-vous, alors qu’en faire ?

Je vous propose un exercice assez simple : comparer ce budget faux, celui pour 2025, à un autre budget faux, celui qui avait été prévu pour 2020. 

Après tout, puisque les budgets sont toujours faux dans le même sens et pour les mêmes raisons – des recettes surestimées, des dépenses sous-estimées, on pourrait considérer qu’il y a une certaine rigueur scientifique à comparer des données fausses sur plusieurs années.

Je vous propose donc de comparer les principaux indicateurs officiels qui figurent dans les premières pages du budget primitif pour 2020 et celles du budget primitif pour 2025, soit une sorte de premier bilan de mandature.

Une donnée bien réelle pour commencer, et qui résume tout : entre 2020 et aujourd’hui, la population parisienne est passée de 2 323 526 à 2 149 216. Soit une baisse de 175 000 habitants. 7,5%, en 5 ans, c’est énorme, vous pourrez peut être en convenir.

Et maintenant, les données budgétaires.

Les dépenses réelles de fonctionnement de la Ville de Paris par habitant sont passées en 5 ans de 3 456 euros à 4311 euros, soit 855 euros de plus. Pour les Parisiens qui restent, la Ville de Paris coûte près de 25% de plus qu’en 2020. A-t-on l’impression que les services publics se sont améliorés, et a fortiori dans ces proportions ? Poser la question, c’est y répondre.

Les recettes réelles de fonctionnement, maintenant, c’est-à-dire en particulier la fiscalité. Elles sont passées de 3 706 euros par habitant à 4 578 euros par habitant.  Là aussi, augmentation de près d’un quart, 23,5% exactement. Et encore, ce chiffre traduit une réalité bien pire encore pour les parisiens qui paient les seuls impôts qui demeurent, à savoir la taxe foncière, c’est-à-dire les propriétaires. La taxe foncière, dans le budget primitif pour 2020, c’était 1 milliard 60 millions d’euros.  Dans le budget primitif pour 2025, ce sera 1 milliard 850 M€, soit une progression de 75% !!!! 

Et enfin, il y a les impôts qui ne sont pas qualifiés comme tels, à savoir les tarifs des services publics de la Ville de Paris. Les Parisiens doivent le savoir, ils progresseront jusqu’à 5% cette année. 

Puisque rien de précis n’est indiqué à ce sujet dans les documents budgétaires, je comptais évidemment sur le propos introductif de la Maire de Paris, aujourd’hui, pour nous donner des précisions.

Mes attentes ont été déçues.

J’ai entendu beaucoup d’engagement et d’emphase sur la thématique de la « gratuité », mais rien sur la réalité tarifaire des services parisiens en 2025.

Si tout est gratuit ou si les tarifs existants restent les mêmes, pourquoi demandez-vous au Conseil de Paris, aujourd’hui, l’autorisation d’augmenter les tarifs de 5%, soit plus du double de l’inflation attendue en 2025 ?

Comme je ne désespère jamais, je compte naturellement sur la réponse de l’adjoint aux finances qui suivra ces débats pour nous donner, dans le détail la liste des augmentations tarifaires que décidera la majorité municipale en début d’année 2025.

Si l’on poursuit la liste des indicateurs budgétaires, on peut comparer le niveau de dette par habitant avant et après la réélection de la majorité municipale en 2020. Pour chaque Parisien y compris les bébés, il apparaît qu’est passée entre les budgets primitifs 2020 et 2026 de  2 465 euros à     4 100 euros, soit 1 635 euros de plus qu’en 5 ans ! C’est une augmentation de 66,3%, plus des deux tiers ! 

Pour le reste, les indicateurs budgétaires nous montrent, une nouvelle fois :

-d’abord, les dépenses de personnel absorbent une part toujours plus importante des dépenses de fonctionnement de la Ville : 31%, au lieu de 28% il y a 5 ans. C’est absolument anormal à l’heure de la digitalisation partout ;

-ensuite, et je l’ai maintes fois démontré ici, les indicateurs budgétaires montrent le seul remboursement de la dette en capital (sans les intérêts), ajouté aux dépenses réelles de fonctionnement, représente désormais la quasi-totalité des recettes réelles de fonctionnement : 97%. Dit autrement, la capacité d’épargne de la Ville, indispensable pour investir, se réduit comme peau de chagrin. La Ville de Paris n’a plus les moyens d’investir, et s’endette désormais d’environ 1 milliard d’euros chaque année pour investir de moins en moins. 

Nous sommes comme un ménage surendetté qui emprunte pour rembourser sa dette. La moitié de nos emprunts de 2025 sera réalisée pour rembourser capital et intérêts de notre dette. 

Au total, nous avons, à la fois, une dette qui flambe ET des dépenses d’investissement en baisse de 75 millions d’euros par rapport à l’an dernier.

Les grandes promesses de transition écologique et d’aménagement urbain se heurtent à la réalité de la crise budgétaire parisienne créée de toutes pièces par la majorité municipale depuis tant d’années. 

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